Racisme : L’exode des réfugiés ukrainiens n’est pas le même si on a la peau noire ou foncée

Si les responsables européens ont déjà applaudi l’accueil rapidement mis en place par Varsovie, il y a aussi de nombreux témoignages de discrimination à la frontière, envers des Ukrainiens à la peau noire ou des personnes non-ukrainiennes (Indiens, entre autres) tentant de fuir le pays.

 

Le nombre de réfugiés fuyant l’Ukraine pour les pays voisins est d’un million à date du 3 mars, selon le Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés.

Selon un recensement en date du 1er mars, publié sur le site de l’UNHCR, 453 982 d’entre eux ont trouvé refuge dans la seule Pologne, selon ces chiffres. La Hongrie vient ensuite avec 116 348 réfugiés, soit 14% du total. La Slovaquie, pour sa part, accueillait 67 000 réfugiés (8%) au 1er mars et la Russie 42 900 personnes (5,1%). La Roumanie manquait mercredi matin dans ce décompte. Des médias roumains relayés par l’agence de presse DPA évoquaient le chiffre de 120 000 personnes venues d’Ukraine depuis l’invasion russe, mais plus de la moitié n’y a fait que transiter.

Selon la même agence, la République tchèque qui, quant à elle, n’est pas voisine de l’Ukraine, affirme avoir enregistré 20 000 arrivées depuis le début de la crise.

La Pologne, où le Premier ministre Mateusz Morawiecki a reçu le président du Conseil européen Charles Michel mercredi, est donc sans conteste le premier pays à observer un afflux exceptionnel de personnes fuyant le territoire ukrainien.

De nombreux témoignages font état de racisme à la frontière

Si les responsables européens ont déjà à plusieurs reprises applaudi l’accueil rapidement mis en place par Varsovie, il y a aussi de nombreux témoignages de discrimination à la frontière, envers des Ukrainiens à la peau noire ou des personnes non-ukrainiennes (Indiens, entre autres) tentant de fuir le pays. Des personnes d’origine étrangère auraient, aussi bien côté ukrainien que polonais, été forcées d’attendre bien plus longtemps que les autres pour passer, ou contraintes de marcher de longues distances là où des familles ukrainiennes étaient prises en charge en bus.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos partagées avec le mot-clé #AfricansInUkraine montrent des scènes de forte tension entre des gardes-frontières et des personnes d’origine africaine, à la frontière entre l’Ukraine et des pays frontaliers comme la Pologne. Plusieurs ressortissants africains ont notamment raconté avoir été empêchés de monter dans des trains et des bus quittant le territoire ukrainien, alors même que les locaux les empruntaient, rapporte L’Obs. « C’était un cauchemar, franchement, les policiers n’ont pas du tout été sympas avec les étrangers, surtout les Noirs ; ça nous insultait de tous les noms, ça braquait les armes sur nous, ça nous bousculait », a confié dans les colonnes du « Monde » Theresia Kabimanya, une jeune Congolaise de 25, étudiante en ingénierie à Odessa.

Mardi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi a déploré de telles discriminations. L’Union africaine a dénoncé un traitement « inacceptable » et « raciste » pour les Africains.

Le ministre des Affaires étrangères ukrainien a fini par reconnaître des mauvais traitements. « Les Africains qui cherchent à évacuer sont nos amis et doivent avoir les mêmes opportunités de retourner dans leur pays en toute sécurité », a-t-il réaffirmé dans un tweet, le 1er mars.

Une protection temporaire en Europe

Le président du Conseil européen Charles Michel a évoqué la question avec Mateusz Morawiecki et a indiqué lors d’un point presse à ses côtés mercredi matin que le Premier ministre polonais avait donné «une garantie forte de “zéro discrimination” ». «Nous voulons nous assurer que le passage est sûr pour tous ceux qui veulent traverser la frontière», a ajouté le Belge.

Les ministres de l’Intérieur des 27 États membres ont validé ce jeudi 3 mars l’activation de la «protection temporaire» prévue par une directive de 2001 et encore jamais utilisée. Désormais, après être entrés dans l’UE, les Ukrainiens et résidents à long terme d’Ukraine sont éligibles à une protection immédiate. Cela veut dire qu’ils doivent recevoir un permis de séjour temporaire, avec accès au marché du travail, aux soins de santé, à l’enseignement, etc., sans devoir passer par une procédure de demande d’asile classique. Ces droits sont temporaires : par défaut, la protection est d’un an, prolongeable deux fois de 6 mois, avec possibilité ensuite que l’UE proroge le mécanisme pour un an de plus.

Le but est d’offrir rapidement des droits uniformisés dans l’UE aux personnes qui fuient le conflit, sans surcharger les institutions gérant les demandes d’asile dans les États membres. Toute personne traversant les frontières depuis l’Ukraine n’est cependant pas forcément éligible à cette protection temporaire, ont expliqué des responsables européens mercredi. Un étudiant étranger fuyant l’Ukraine, par exemple, doit bien pouvoir traverser la frontière vers l’UE mais sera ensuite, le cas échéant, aidé pour retrouver son pays d’origine.

 

Avec lavoixdunord.fr

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